Couverts végétaux : Entre préjugés et réalité du terrain, les experts d’Agronomie Terroirs ont mené l’enquête !
Notre travail sur les couverts végétaux a été mené en collaboration avec Jean Hinault, pédologue et chimiste à la retraite, installé dans le Gers.
Spécialiste reconnu de la matière organique, de la structure des sols et de la nutrition des plantes, il a apporté une expertise précieuse pour mieux comprendre les bénéfices et limites des couverts végétaux.
Cette étude devra être poursuivie sur plusieurs campagnes agricoles afin de confirmer et consolider les tendances observées sur le terrain.
1 – Observation des pratiques de destruction des couverts d’hivers dans les Pyrénées
En 2018, la sortie d’hiver a été particulièrement pluvieuse, ce qui a retardé la destruction des couverts végétaux, réalisée seulement fin avril. Habituellement, dans les Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées, cette opération se pratique entre la mi-mars et la mi-avril. Certains agriculteurs, comme Marc Jusforgues, expert agricole dans les Hautes-Pyrénées, choisissent parfois d’intervenir plus tôt par souci de commodité.
Afin de suivre l’impact de ces pratiques, nous réalisons régulièrement des mini-profils à l’aide de la fourche d’un tracteur pour observer l’effet des couverts végétaux sur la structure du sol. La question de la restitution azotée par les couverts s’est également posée, soulignant l’importance de bien ajuster le calendrier de destruction pour optimiser à la fois la fertilité et la gestion des sols pour les futures cultures agricoles
1-1 Quelle est la restitution d’azote de couverts végétaux avec des féveroles selon leur stade de développement ?
Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas toujours la féverole la plus haute qui restitue le plus d’azote au sol. Dans notre observation, une féverole de seulement 40 cm de hauteur a fourni davantage d’azote à l’hectare qu’une autre mesurant 70 cm. Cette différence s’explique par le stade physiologique de la plante, qui influence fortement sa capacité de fixation et de restitution azotée.
La gestion des couverts végétaux est avant tout une pratique de terrain qui nécessite une observation attentive et objective, sans jugement préalable. Pour tirer pleinement parti des bénéfices agronomiques des couverts végétaux et amélioration de la fertilité du sol, restitution d’azote, protection contre l’érosion, il est essentiel d’adapter les interventions à chaque contexte et de suivre les résultats sur le long terme
Féverole détruite à 40 cm (2.4 T MS/ha)
= 41 U azote/ha
Féverole détruite à 70 cm, en fleur (3.3 TMS/ha)
=13 U azote/ha
On a envoyé des échantillons de couverts à un laboratoire pour obtenir : %Matière Sèche (MS), Rapport C/N, dosage de l’azote, la lignine. Ensuite, on calcule l’azote disponible par Tonne de Matière sèche. Puisque l’on a fait des pesées de biomasse. On calcule l’azote disponible par hectare.
En effet, la féverole détruite tôt a fait moins de biomasse, mais possède une valeur de MAT(Matière Azotée totale) plus élevée. On a été surpris par la valeur en lignine non négligeable (6.5% /MS).
Cette lignine utilisera de l’azote pour s’humifier. Rappelons que même la matière organique fraiche facilement dégradable (cellulose, hémicellulose, fraction soluble) utilise de l’azote pour se dégrader.
Les exemples donnés sont des cas concrets. Nous sommes d’accord qu’une féverole doit être implantée en pure entre 150 kg/ha et 200 kg/ha. Si la seconde féverole était semée plus dense, on pourrait estimer une biomasse de 5 TMS/ha. Le résultat final resterait plus faible que la 1ère féverole : 5 TMS/ha x 4 U N /TMS = 20 U/ha.
1-2- Quelle est la restitution d’azote de couverts végétaux selon les mélanges réalisés ?
Le tableau ci-joint montre bien que le C/N n’impacte pas toujours dans le même sens 3 couverts :
- Un couvert d’hiver de Féverole 85 kg/ha, avoine 10 kg/ha, Pois Fourrager 12 kg/ha.
- Un couvert végétal de féverole, Pois, Vesce et céréale semé à 180 kg/ha, avec au beaucoup de céréale.
- Un couvert fourrager d’avoine vesce trèfle à 25 kg/ha. Je ne comprends pas comment on peut vendre un mélange avec du trèfle, qui, semé souvent après mi-octobre, on ne voit quasiment jamais de trèfle.
Dès que les légumineuses passent en fleur, la valeur azotée chute. On le sait tous. Même si le mélange possède beaucoup de légumineuse, si elles sont à un stade avancé, la valeur azotée chute.
Dès qu’il y a des gousses, on peut dire au revoir à l’azote.
L’idée est que chacun puisse détruire son couvert végétal d’hiver quand il le souhaite, tout en observant attentivement l’impact sur le sol à l’aide de mini-profils, sans chercher à atteindre une biomasse maximale. Cette approche permet de mieux comprendre le rôle des couverts végétaux sur la structure du sol, la fertilité et la restitution d’azote, tout en adaptant les pratiques à chaque contexte de terrain.
2- Conclusion : Laissez-vous la liberté de détruire vos couverts d’hiver à votre rythme, tout en observant leurs effets sur le sol !
Depuis toujours, nous pensons que les couverts végétaux sont là pour :
❶ Couvrir le sol l’hiver, le protéger des intempéries. Améliorer la pénétration des pluies hivernales
❷ Améliorer la structure du sol
❸ Nourrir la vie microbienne par les exsudats et faire un habitat pour la faune de surface
C’est déjà beaucoup ! Pour les agriculteurs qui le souhaitent, on peut s’arrêter là sans rougir, sans chercher à produire des biomasses gigantesques. Car, à mon avis, au printemps, la priorité est surtout de :
❶ S’occuper de sa culture : que ce soit en grande culture ou en vigne
❷ Ne pas se mettre en retard pour le reste (le climat se chargera bien assez de donner des imprévus).
Il s’agit d’une approche globale, alliant agronomie, agroécologie et équilibre humain et économique. Sur le terrain, je constate que la réussite des pratiques de couverts végétaux dépend largement d’une bonne organisation du travail.
Quant à la question de la matière organique, rendez-vous dans un prochain article ! Nous verrons que le couvert végétal n’est peut-être pas la meilleure solution pour produire de l’humus dans le sol.
Merci à Jean Hinault, aux agriculteurs et vignerons qui ont participé à notre enquête.